Romangia

La « Romangia » ou Romangie en français est une zone géographique située entre Sassari et Castelsardo, une zone qui fait partie du Logudoro, qui, en langue sarde veut dire “lieu doré”, ainsi appelé parce qu’il est considéré comme la partie la plus riche, la plus fertile et la plus vivante de l’île du point de vue historico-social.
Géographiquement, cette région se situe dans le Golfe d’Asinara, dans le Nord-ouest de la Sardaigne.
Elle s’étend plus exactement sur le territoire communal de Sorso et de Sennori, en en plus faible partie sur celui de la commune de Sassari.
Romangia constitue représente la Zone Historique du Cannonau, une zone essentiellement viticole de 820 hectares qui représente 3% du vignoble sarde total (26.000 hectares – Source Argea 2006), mais qui occupe cependant la seconde position en terme de production viticole de l’île et qui est la quatrième en ordre d’importance de la culture du Cannonau, le cépage historique de la Sardaigne.

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La Romangie est indubitablement une zone vinicole sarde peu connue en dehors de ses frontières, des frontières sardes entre autres à cause de l’échec la coopérative locale, la Cantina Sociale di Sorso-Sennori, bien connue pour ses vins de terroir mais qui a fermé ses portes dans les années 80 par manque de matière première qualitative, détournant ainsi la demande vers le sud de la Sardaigne, là où d’autres coopératives viticoles réussissaient constamment à embouteiller de bons vins et à les commercialiser en Italie et à l’étranger.

Cette crise identitaire paradoxale en terme de qualité des terroirs reste très actuelle ; elle est augmentée de par le fait que de nombreux petits producteurs locaux continuent encore aujourd’hui de vendre leurs raisins en vrac à des vinificateurs situés plus au Sud voire même en Italie continentale. Dans le même ordre d’idées, d’autres producteurs vendent en vrac, 6 mois après la vendange, d’excellents vins issus de terroirs qualitatifs. Ainsi, ces vendeurs de raisin et de vin ont des profits immédiats et ne sentent même pas le besoin de se réunir en coopératives, et, finalement, le vin de la région ne franchit presque jamais ses frontières provinciales.

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Un peu d’histoire

La vigne est présente en Romangie depuis plus de 3.000 ans. De nombreux vestiges ont été mis à jour au Domus de Janas d’Abelazu, comme ce vase à vin en terre cuite de Vin (Facies Abealzu, Eneolitico) daté du IIIe millénaire avant JC, soit deux millénaires avant la naissance des civilisations phéniciennes, grecques, étrusques et romaines. D’autres récipients datés de 900 avant JC ont été retrouvés à proximité de Monte Cao à Sorso-Sennori, comme ce « Askos », véritable Decanter en céramique (tous ces récipients sont conservés au Musée Sanna de Sassari).

Le chercheur Villedieu (Villedieu 1984, pp.173-178), écrivait qu’à l’époque Romaine le plus important port de la Sardaigne était Turris Libissonis, l’actuel Porto Torres, encore aujourd’hui très visité pour sa ville romaine bien conservée. La Sardaigne était alors une manne précieuse pour l’Empire, pas seulement pour les céréales mais aussi pour l’huile et vin. De nombreuses fouilles en Romangie ont en effet mis à jour des amphores orientales et romaines destinées au transport du vin.
On peut affirmer sans nul doute qu’à l’apogée de la civilisation romaine la viticulture en Romangie avait un prestige au moins égal à celui de la région de Cagliari.

En 1746, des écrits d’importance historique et géographique rédigés par l’intendant général de François-Joseph de la Perrière, comte de Viry, donne une description détaillée de la Sardaigne rurale. Il y est dit : « [..] les territoires où la viticulture se présente sous forme plus compacte et organisée sont concentrés sur trois aires géographiques principales : l’arrière-pays de Cagliari (Pirri, Quartucciu et Quartu, Assemini, Sestu, Sinnai et Maracalagonis), les régions montagneuses d’Ogliastra (Barisardo, Baunei, Ierzu, Oliena) et la partie nord-ouest de la Sardaigne (Romangia, Sassarese et les alentours d’Alghero et de Bosa) [..] ».

L’écrivain italien Giuseppe Dessì décrit quant à lui les cépages suivants : » [.] le Girò, le Muscat du Campidano, la Malvasie de Bosa, le Vermentino de Tempio, le Nasco, la Monica, l’Oliena, le Torbato d’Alghero, le Muscat de Luras, le Cannonau de Sorso» (Dessì 1987, p.67).

Une curiosité amusante.

Mariano I De Thori, roi Sarde du milieu du XIe siècle, dans un passage de la Cronaca Logudorese (aussi connue que le Liber Ludicum Turritanorum) fait référence à la passion qu’il avait pour « le précieux nectar » au point que sa mère tenta de recourir à l’usage de sortilèges pour le détourner de boire du vin. Le roi, guéri de son vice, tomba néanmoins malade du fait de boire en remplacement et en excès de l’eau de source contaminée (Orunesu, Puxeddu 1993, pp. 32-35).

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Le Paysage

La région est riche en ruines nuragiques, romaines, byzantines, médiévales et aragonaises. En plus de son activité agricole affirmée dans l’élevage et la viticulture, l’économie de la Romangie s’appuie sur une activité artisanale raffinée.
Sennori s’étend à flanc d’une haute colline balayées par les fortes rafales du Mistral et d’où la vue s’étend sur tout le golfe de Turritano. On peut y observer les marais salins de la Nurra, les côtes de l’Asinara et même celles de la Corse.
Ce territoire est riche en vallées (Badde en sarde) très pittoresques dont parmi les plus notables Badde Priedu, Badde Sutis, Badde Terràculas et Badde Nigolosu. Sennori se présente comme un amphithéâtre ouvert sur ces vallées à l’agriculture florissante, denses en oliveraies, en vergers et en vignes et qui s’étendent jusqu’à la plaine maritime, quant à elle, très riche de témoignages de sa lointaine activité humaine.
Les alentours de Sennori sont caractéristiques de l’empreinte méditerranéenne, principalement caractérisée par des arbustes ou des plantes vivaces à feuilles persistantes et consistantes.
La végétation est naturellement dense, compacte avec un foisonnement enchevêtré de plantes grimpantes. Parmi les arbres les plus rencontrés, on notera le carroube, l’olivier et le laurier, alors que les plantes les plus fréquentes sont le myrte, l’anis, la filaire, l’arbousier et le fragon.
Parmi les plus beaux vestiges des différentes civilisations qui ont vécu aux alentours de Sennori on trouve le Domus de Janas del Beneficio Parrocchiale, les constructions nuragiques de Badde Margherita et de Badde Puttu, la Tombe des Géants de Badde Nigolosu, ou encore les églises l’Église de San Basilio Magno, de Santa Croce, de Santa Lucia et de San Giovanni.

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Vignerons Naturelles En Sardaigne.